L’année 2020 aura été l’année de la distanciation, qu’elle soit sociale, psychique ou physique - le toucher est devenu le sens interdit. Un mètre cinquante centimètre pour se mettre à l'abri, mais surtout mettre les autres à l'abri de tout ce qui pourrait surgir de nous. L’espace entre les choses et les êtres est devenu une nécessité palpable : des surfaces lisses qui contiennent, enferment et retiennent les corps, des gestes barrières qui s’érigent en nouvelles habitudes.
Date(s) se propose d’absorber cette distance. Elle est une exposition postée qui souhaite remettre l'œuvre au creux de la main et qui déplace son expérience au sein de l’intimité du foyer. (Ap)préhension multi-sensorielle, Date(s) propose une série de onze rencontres entre des œuvres et leur abonné·e·s. Onze œuvres qui viendront s’ajouter, se rencontrer - à leur tour - au fil de l’année 2021 pour former ensemble une exposition unique et variable qui refuse le seul privilège du sens de la vue.
Date(s) est une proposition hors cadre. L’œuvre, puis l’exposition, sont dépouillées de toutes leurs habitudes et se présentent nues, sans a priori aucun, dans des intérieurs qui leurs sont inconnus. L'œuvre, puis l’exposition, se mettent donc volontairement à la merci ou plutôt à l’appréhension toute entière de leurs nouveau·elle·x·s acquéreur·euse·s et questionnent la figure di collectionneur·euse. Ouvrir, toucher, caresser, goûter, accrocher, renverser, empiler, comprendre, cacher, offrir, détruire ou tout autre verbe qui viendrait à l’imagination et augmenterait l’expérience de l’œuvre, deviennent une possibilité. Aucune règle n’est dictée à l’exception de ce qui se tiendra à l’intérieur et à l’extérieur du colis et le fait qu’il est adressé à l’abonné·e par chacun des onze artistes de l’artist-run space in.plano. 
Date(s) est une exposition qui renverse ses propres codes et s’autorise à en emprunter d’autres comme ceux liés au vocabulaire de l’envoi - à jouer avec. Elle est d’un côté entièrement libre, a la capacité de dépasser les frontières, de créer ses propres réseaux de circulation et se doit en même temps d’être soumise à la pesée, l’affranchissement et l’oblitération. Affiliée au Mail Art, Date(s) est un équilibre volontairement fragile entre l’adresse d’un message contenu/contenant et le lâcher prise de l’envoi et de sa réception incluant d’autres règles et individualités. Elle est un ensemble de volontés et d’attentions aguerries, un relai passant de mains en mains, glissant à travers les interstices, se jouant des contraintes et se rebellant contre les cadres. « Chaque œuvre de Mail Art fait partie d’une guérilla menée contre le Grand Monstre. Chaque œuvre de Mail Art est une arme brandie contre le Grand Monstre qui possède le château et qui nous sépare les uns des autres, tout autant que nous sommes. (…) Lorsque nous faisions de la peinture, nous pouvions parler de sensibilité, de beauté, de vision, d’habileté, etc. Mais lorsque nous frappons à la porte du Monstre, qu’est-ce qui compte vraiment ? La réponse est simple : ce qui prime, c’est la force avec laquelle on frappe. Comment pouvons nous mesurer cette force ? Par l’écho que nous produisons évidemment. ». Ulises Carrion dans « Mail Art et le Grand Monstre » nous expose la position du Mail Art face à un Grand Monstre qui n’est jamais explicitement nommé mais qui semble incarner les différentes Institutions. Date(s) est une série de gestes discrètement subversifs qui construisent à travers une série de tête à tête un réseau à l’utopie micropolitique.
« Date(s) » en français ou « Date(s) » en anglais fixe un point de rendez-vous entre deux entités. Un engagement à se retrouver à un moment donné. Mais Date(s) se refuse à livrer des coordonnées exactes : quand ? comment ? sous quelles formes ? reste des questions ouvertes dans une volonté de surprendre l’abonné·e et de forcer son attention au quotidien. Le doute entre ce qui est art ou n’est pas art, entre ce qui fait œuvre ou ne fait pas œuvre est au cœur des interrogations de cette exposition qui s’intéresse au cas limite. À l’exception de l'oblitération postale réglementaire, l’œuvre contenu/contant ne disposera d’aucun tampon validant ou invalidant son appartenance au projet. Elle sera laissée libre à la volonté de l’artiste et à l’appréhension de saon destinataire·trice. Date(s) n’est en aucun cas un projet pour certifier de la valeur d’une œuvre, elle propose une expérience dont l’abonné·e jouera le premier rôle et où l’artiste endossera la figure di metteur·euse en scène plus ou moins radicale.
Date(s) mime la sensation des premiers rendez-vous, des rendez-vous galants où l’on est face à l’inconnu, où l’on désir, idéalise, sublime celleux que l’on s’apprête à rencontrer sans savoir si c’est la déception qui nous attends ou la révélation. Ce moment précis où l’image est confrontée à l’expérience. Date(s) propose une série de rendez-vous à l’aveugle entre une œuvre et un corps. Des « blind date » où l’on accepte de se laisser surprendre, de se laisser guider - à l’aveugle - par les œuvres. L’abonnement à Date(s) signifie donc un engagement amoureux tout au long de l’année 2021. Un engagement qui surgira onze fois et dont l’abonné·e n’aura aucun indice à l’exception des quelques mots qui viennent de défiler.
Date(s) est avant tout un secret. Une confidence entre les abonnées et les artistes, entre vous et nous, entre toi et moi, entre celleux dont les liens invisibles seront tissés par le biais de ce projet. Loin de l’hyper-visualisation et de la virtualisation exacerbée par l’année 2020, Date(s) souhaite se nouer uniquement autour de l’expérience intime de l’œuvre. Ne pas prendre de photographies des œuvres, ne pas diffuser de photographies des œuvres - ni à ses proches, ni sur les réseaux- est une condition sine qua none. Date(s) sera donc réservée uniquement à celleux qui s’abonneront et à celleux avec qui iels partageront leur(s) secret(s) par le seul biais du récit ou par la transmission de(s) œuvre(s) physique(s) sans intermédiaire aucun. Un secret qui répand une rumeur sourde autour de lui, qui attise le désir de connaissance, qui réveille l’envie presque enfantine de recevoir une surprise, d’ouvrir un cadeau, une lettre d’un·e amoureux·se transi·e, la sérénade d’un·e artiste.
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